Bienveillance ou gentillesse ?

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La bienveillance est parfois confondue avec la gentillesse. Cela amène à un dangereux travers.

Puisque je me dois d’être gentil.le avec mon enfant, je dois tout faire pour réaliser chacune de ses demandes (et à la seconde près s’il-vous-plaît)

On y voit alors, le risque d’un parent qui n’ose pas dire non et d’un enfant qui grandit avec la croyance que ses demandes sont des ordres non discutables.

Quel est pour moi le but de l’éducation bienveillante ?
• Veiller au bien de mon enfant (bien-veillance)
• Tisser une relation solide avec mon enfant

Mais il n’est pas toujours facile de savoir si ma réaction répond à ces critères. Pour m’aider à y voir plus clair, j’aime mettre en lumière les rouages de nos relations parent-enfant en les comparant à ce que ça donnerait dans le monde des adultes. Cela nous aide à voir si notre raisonnement est juste. Ici, on peut faire le parallèle avec un ami. Pensez-vous qu’une belle relation d’amitié se tisserait si à chaque demande de votre « ami » vous vous coupez en quatre pour vous exécuter sans oser dire non quand ça ne vous convient pas ? Ce n’est pas une relation d’amitié qui se tisse mais d’assouvissement, qui peut même devenir une relation toxique !

Le piège de la gentillesse

En recherchant la définition de la gentillesse, on trouve plusieurs versions. Voici par exemple, la définition trouvée sur Wikipédia :
« La gentillesse est un comportement altruiste destiné à prendre soin des autres, tenant en compte la sensibilité d’autrui afin de ne pas le brusquer ou l’offusquer. »
On pourrait alors se dire que c’est une définition qui s’approche de la bienveillance, dans le sens où on cherche à « prendre soin des autres ». Mais, on trouve aussi ceci dans le Larousse :
« Caractère de quelqu’un qui est gentil, agréable, gracieux : La gentillesse de son visage d’enfant. »
En remontant un peu dans l’histoire, on trouve même cette définition dans le Dictionnaire de la langue française, datant du 19ème siècle :
« Caractère de ce qui est à la fois joli et gracieux. La gentillesse d’un enfant. La gentillesse d’une fable, d’un conte. »
Agréable, gracieux, aimable, … Tout autant de synonymes de la gentillesse qui n‘ont rien à voir avec de la bienveillance mais avec de l’apparence et du souhait de plaire. On voit donc que ce qui fait pencher la balance vers un comportement sain ou toxique est la motivation qui nous guide. Quand nous nous efforçons d’être gentil avec l’autre, nous devons absolument nous demander :
Est-ce que je le fais car je sens que ça peut être bon pour l’autre ou pour être aimé de l’autre ?
Encore une fois, notre intention change complètement la donne. Une même action n’aura pas du tout le même effet sur nous, sur l’autre (notre enfant, notre conjoint, notre collègue, …) et sur notre relation en fonction de la motivation qui nous pousse à agir.

Marshall Rosenberg va encore plus loin à propos de la gentillesse, qui nous dit que nous devenons une « gentille personne morte ». Ne sachant pas comment dire notre vérité avec bienveillance, nous préférons nous trahir et plaire à l’autre sans authenticité.

C’est cette authenticité qui est primordiale dans nos relations, pour leur permettre d’être belles, solides et nourrissantes pour chacun. Manquer d’authenticité dans nos relations peut paraître confortable au premier abord, amis les dégâts sont au rendez-vous.

Pour être plus concret, prenons un exemple. Un adolescent demande à son père de l’emmener pour sortir avec ses amis.

Si le père dit oui car il pense que il se doit de faire ça pour son fils, il risque de générer du ressentiment envers lui. Il pourra même construire une fausse image de lui comme quelqu’un d’exigeant, d’egocentré. Et chaque nouvelle demande de sa part viendra renforcer cette croyance. Jusqu’à ce que il explose de ne plus les supporter.

Si il dit oui car il souhaite faire ça pour son fils, en sachant combien voir ses amis et construire ses premiers groupes sociaux est primordial à son âge, alors il n’aura pas du tout la même posture, ni le même ressenti. Surtout s’il a vérifié que ça n’entrait pas en conflit avec ses propres besoins (de repos et de sécurité par exemple)

Pourtant, il aura eu la même réponse dans les deux cas, mais les conséquences sur ses ressentis et sur leur relation seront très différentes.

L’intention que nous mettons dans nos actions changent la portée de ces actions !

De la même façon, parfois, nous sentons que nous ne pouvons pas dire un oui plein à notre enfant. Il est alors important de se questionner. Peut-être que je devrais dire non ? Est-ce mal de dire non ? En CNV, on aime rappeler que dire non à quelque chose, c’est dire oui à autre chose. Si vous n’êtes pas encore convaincue voici trois bonnes raisons d’oser dire non à votre enfant.

Trois bonnes raisons d’oser dire non à votre enfant

1) En vous respectant dans vos besoins, vous apprenez à votre enfant à se respecter.

Combien d’adultes avouent ne pas savoir dire non ?

Notre société a mis le non au pilori. Ce n’est pas assez gentil ! On nous apprend dès tout petit à obéir et à mettre un couvercle sur nos besoins. Pourtant, quand on voit quelqu’un qui se permet l’audace de dire non à une demande abusée de son patron, on est impressionné. On se dit qu’on aimerait savoir faire pareil.

famille complicité ballade

Redonnons au « non » ces lettres de noblesses.

« Non » n’est pas méchant, pas plus qu’il n’est gentil.

À nous de le rendre juste et vrai ! Tout est dans notre intention : est-ce que je dis non parce que j’ai la sensation que mon enfant en demande trop et que je veux lui prouver qu’il ne décide pas ? Ou simplement parce que j’ai un besoin précieux à nourrir ? Il est important d’être au clair avec nos intentions. Un non ne peut être bien reçu que s’il a de bonnes raisons.

Une fois nos intentions clarifiées, nous pouvons alors poser notre non avec beaucoup d’amour. Alors, en montrant à notre enfant, que nous pouvons dire non, nous lui offrons un apprentissage précieux :

Mon besoin ne passe pas après celui des autres.

En prenant exemple sur nous, notre enfant va se mettre à dire non lui aussi. Soyons vigilant de lui donner ce droit. En s’exerçant dans le cadre familial sécurisant, il apprend à être capable de dire non au copain qui essaie de le mener en bateau, à un harceleur à l’école, plus tard, à son patron …

Apprenons à regarder aussi ses « non » avec amour : il apprend, il prend confiance, il s’affirme. Il en faut du courage pour dire non !

2) Chaque non sera l’occasion d’apprendre à gérer sa frustration

Et pour vous d’apprendre à l’accueillir. Ce n’est pas parce que je dis non que je ne donne pas d’importance à la demande de mon enfant. Je me dois d’accueillir toute la tristesse, la colère, la frustration que cela provoque chez lui. C’est à cette condition que le non pourra être reçu convenablement.

Pour cela, il est intéressant de donner ses raisons, pour être certain que l’enfant entende qu’il n’y a rien d’arbitraire dans notre décision. Par contre, inutile de raisonner l’enfant pour qu’il comprenne ces raisons. Quand il est dans son émotion, il n’est plus capable de raisonner rationnellement (Au coeur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat) Alors, la seule chose qui compte est d’accueillir encore et toujours, comme nous le conseillent si bien Adèle Faber et Hélène Mazlish.

« Tu as très envie d’aller au parc. Je vois comme tu es déçu ! Tu t’imaginais déjà descendre le toboggan en trombe »

Si il y est sensible, n’hésitez pas à le laisser visiter son désir en rêve. Au lieu de lui donner plus de frustration, comme on pourrait le croire, il en sera plus apaisé !

« – Oui j’aurais fait de la balançoire !
-Ah oui, tu aimes beaucoup faire de la balançoire, surtout la rouge !

  • La prochaine fois j’irai sur la rouge. »

Souvent, prendre le temps d’accueillir en fait gagner beaucoup.

3) En venant questionner vos raisons, l’enfant renforce sa confiance en vous : il sait que vous ne dîtes pas non contre lui

Maintenant, ce n’est pas une raison pour dire non à tout va. Comment savoir si je fais bien de dire non.

Règles d’or du non bienveillant :

• À chaque fois, je me demande pourquoi je dis non ? Est-ce une raison valable ?
• Accueillir autant qu’il le faut la frustration que cela provoque chez l’enfant
• Ne pas oublier de dire oui, souvent !

Parfois, il est bon de se rendre compte qu’il se joue autre chose derrière et qu’il faut parfois revoir ses priorités. Si notre non est trop dur à vivre pour notre enfant, nous pouvons peut-être réfléchir à l’espace que nous pouvons laisser pour un oui.

Notre enfant est sans cesse dans l’exigence ? Cela peut venir d’une sensation de n’avoir aucun contrôle sur sa vie. Sommes-nous nous-même dans l’exigence avec lui ? Lui laissons-nous une marge de manœuvre pour décider dans sa vie. Pas de culpabilité à avoir, bien sûr. Un comportement d’exigence et d’ultra sensibilité à la frustration est simplement un symptôme de ce que l’enfant vit à l’intérieur de lui. Cela peut nous alerter pour nous réajuster.

amour et bienveillance

Bibliographie

Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), Marshall Rosenberg
Cessez d’être gentil, soyez vrai! Thomas d’Asembourg
Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adèle Faber et Elaine Mazlish

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